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Effet du couple sur ses habitudes alimentaires

On sait déjà que plusieurs éléments dans notre environnement pourraient avoir des effets sur notre prise alimentaire ou nos habitudes. Mais qui aurait cru que le fait d’être en couple également? Tour d’horizon de cette nouvelle surprenante!

Le système alimentaire

Manger est un acte qui nécessite une suite de décisions complexes. Celles-ci impliquent plusieurs facteurs dont certains sociaux. Ainsi, une personne va prendre ses décisions alimentaires influencé par des choix personnels (ses préférences, le prix des aliments, l’accessibilité, ses compétences culinaires, etc.) mais également influencé par l’environnement social (famille, amis, pairs, conjoint).

Comment l’environnement social peut-il avoir des impacts sur ce qui est consommé? Prenons l’exemple de Julie, adolescente de 16 ans vivant chez ses parents. Elle consomme des aliments que sa famille lui prépare depuis qu’elle est toute petite. Ainsi, elle a développé certaines préférences pour certaines recettes d’après ce qu’elle est habituée de consommer. Aussi, les choix alimentaires personnels qu’elle prend au logis familial sont influencés par ce que la famille possède à la maison (qui peut être influencée selon leur culture et leurs valeurs). Enfin, Julie pourrait par exemple avoir un groupe d’amis qui décident d’essayer le végétarisme et pourrait donc consommer plus régulièrement ce type d’alimentation, suite à l’influence (directe ou non) de ces amis.

Le couple

En vieillissant, s’ajoute dans l’équation le couple. Dans cette situation, deux individus avec deux systèmes alimentaires distincts se rencontrent. Ainsi, les préférences alimentaires, les habitudes, les compétences culinaires, etc. peuvent être extrêmement différents et les deux individus doivent naviguer cette nouvelle zone pour s’alimenter.

Les changements

Comment cette adaptation se produit-elle? Est-ce qu’un partenaire a plus de pouvoir que l’autre? Est-ce que les habitudes convergent, divergent?

Selon une étude menée auprès de couples hétérosexuels nouvellement mariés, la direction des modifications alimentaires peut être extrêmement variable (convergence, divergence) mais l’intensité à laquelle une personne participe à cette modification est différente aussi.

Figure adaptée de Bove et coll. (2002)

Que veut-on dire par convergence et divergence? La convergence se présente lorsque les individus mangent de façon similaire, sans pour autant être identiques. Celle-ci peut être faible : les partenaires adoptent des comportements de plus en plus similaires, mais de façon très graduelle sans nécessairement se rapprocher beaucoup. Cette convergence peut également être symétrique (les deux partenaires font approximativement le même nombre de changements alimentaires) ou asymétrique (un partenaire fait plus de changement alimentaire que l’autre). Dans la même étude, très rarement les couples ont expérimentés de la divergence, mais celle-ci se manifeste par un éloignement des habitudes alimentaires suite à une convergence.

Est-il possible de prévoir les changements et de savoir si ceux-ci seront symétriques? Malheureusement, non. On ne peut donc pas nécessairement savoir si nos bonnes habitudes seront maintenues et que notre partenaire se rapprochera des nôtres ou vice-versa.

Et la santé?

Ces modifications d’habitudes alimentaires ont-elles forcément un effet sur la santé? Une étude menée sur un groupe d’australiens a démontré que les individus en couple ont généralement des habitudes de vie plus saines que ceux seuls. Les raisons proposées pour ces saines habitudes de vie réside dans le fait que les comportements plus ou moins sains sont remis en questions plus fréquemment par l’un ou l’autre des partenaires et que le couple permet d’avoir un appui et du soutien à la modification de ces comportements. D’autre part, les personnes en couple aurait un poids plus élevé que les personnes célibataires. Des explications évoquées pour ce gain de poids serait : plus de grosses préparations culinaires (gros repas), plus grandes portions et influence négative d’un partenaire.

Enfin, il aurait été observé dans plusieurs études que les femmes ont tendances a perdre leurs bonnes habitudes et a consommer plus de viandes et de gras alors que les hommes gagnent de meilleurs habitudes en consommant plus de fruits et légumes.

Vos constatations

Sur instagram (ici) je vous ai demandé si votre couple avait changé vos habitudes alimentaires. Chez plus de 80% des répondants, les habitudes ont été modifiées et ci-dessous on peut voir de quelle façon. Un peu comme mentionné plus haut, la plupart semblent avoir vécu de la convergence, mais à des intensités différentes. Les répondants étant uniquement des femmes, on voit que certaines ont influencés leur partenaire alors que pour d’autre, c’est le partenaire qui les a influencé.

Pour conserver ses bonnes habitudes

Y a-t-il une formule magique pour conserver ses bonnes habitudes? Aucunement. La première étape est de faire un constat de nos habitudes alimentaires et d’évaluer si celles-ci se sont dégradées ou améliorer. Si l’on souhaite (et il est important de mentionner que ce changement doit venir de soi et non de l’autre) apporter des modifications, voici ce qui peut être fait:

  • Consommer des portions adaptées à notre faim. Souvent, les femmes adoptent des portions similaires à celles de leur partenaire et ne respectent pas leur rassasiement et mangent trop.
  • Pas toujours manger la même chose. Bien que cette recommandation ne soit pas nécessairement réaliste dans le cadre de co-habitation, elle peut quand même s’appliquer d’une certaine façon. Ainsi, si notre partenaire souhaite manger de la pizza pour souper, on peut par exemple en prendre 1 morceau et l’accompagner de légumes rôtis ou de salade pour satisfaire nos préférences.
  • Pas toujours manger en même temps que son partenaire. Il est tout à fait normal d’avoir faim à des moments différents. On peut donc s’assoir ensemble à table pendant que l’un mange et profiter du moment ensemble sans nécessairement devoir manger si la faim n’est pas présente.
  • Changer ses dates : la plupart des sorties tournent autour de la nourriture (restauration, cinéma, soirée-spectacle, etc.) en couple. Il peut donc être intéressant d’intégrer d’autres types d’activités pour varier et ne pas abuser de la restauration ou des aliments ultra-transformés présents dans ce genre d’occasions.
Marjolaine Cadieux, Dt.P., M.Sc

Références

Bove, C. F., Sobal, J., & Rauschenbach, B. S. (2003). Food choices among newly married couples: convergence, conflict, individualism, and projects. Appetite40(1), 25-41.

Guerra, F., Stringhini, S., Vollenweider, P., Waeber, G., & Marques-Vidal, P. (2015). Socio-demographic and behavioural determinants of weight gain in the Swiss population. BMC Public Health15(1), 73.

Hartmann, C., Dohle, S., & Siegrist, M. (2014). Time for change? Food choices in the transition to cohabitation and parenthood. Public health nutrition17(12), 2730-2739.

Rosell, M., Appleby, P., Spencer, E., & Key, T. (2006). Weight gain over 5 years in 21 966 meat-eating, fish-eating, vegetarian, and vegan men and women in EPIC-Oxford. International journal of obesity30(9), 1389.

Schoeppe, S., Vandelanotte, C., Rebar, A. L., Hayman, M., Duncan, M. J., & Alley, S. J. (2018). Do singles or couples live healthier lifestyles? Trends in Queensland between 2005-2014. PloS one13(2), e0192584.

Salvy, S. J., Jarrin, D., Paluch, R., Irfan, N., & Pliner, P. (2007). Effects of social influence on eating in couples, friends and strangers. Appetite49(1), 92-99.

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