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Le contenu commandité en nutrition

Mars est le mois de la nutrition et pour l’occasion j’ai décidé d’aborder le contenu commandité en nutrition puisque celui-ci est grandissant sur les réseaux sociaux. Ainsi, est-ce qu’un produit proposé par un(e) nutritionniste est automatiquement intéressant? Comment bien juger ces partenariats? Vous trouverez toutes ces réponses dans mon article.

Contenu commandi-quoi?

Qu’est-ce que ça veut dire du contenu commandité en nutrition?

Ce type de contenu peut prendre plusieurs formes, mais ce sont généralement des compagnies alimentaires qui vont approcher un(e) nutritionniste et lui demander de créer du contenu pour un(des) produit(s) en échange d’une rémunération. Le contenu peut être variable : vidéo, article, billet de blogue, mention sur les réseaux sociaux, photos, recettes, etc. D’autres types de produits/services peuvent également être ciblés pour les nutritionnistes comme des livres de recettes, des salons d’exposants ou événements foodie par exemple.

Pratique légale?

En tant que nutritionnistes, nous avons un code de déontologie (ici) qui régit l’exercice de notre profession en vue de travailler de façon éthique. L’une des questions qui est revenue le plus souvent lors des recherches effectuées pour cette article concernait l’aspect légal des publications commanditées. L’article 35 du code de déontologie des diététistes n’interdit pas d’accepter des partenariats avec l’industrie alimentaire, du moment que cette publicité n’est pas fausse, trompeuse, incomplète ou susceptible d’induire en erreur. Le problème avec ce genre d’article est qu’il laisse place à beaucoup d’interprétation ce qui fait qu’en tant que nutritionniste, nous ne sommes pas particulièrement encadrés face à ces pratiques pourtant grandissantes.

Une association bénéfique?

L’association entre la compagnie alimentaire et le nutritionniste est-elle nécessairement bénéfique? Et pour qui?

Selon un sondage mené auprès de 50 de mes collègues nutritionnistes, 67% d’entre eux croient que cette association ne permettrait pas d’éduquer le consommateur sur le produit. Ainsi, ce contenu – bien qu’il pourrait être pertinent – aurait surtout comme objectif de vendre plutôt que de permettre au consommateur de faire un meilleur choix. Lorsque questionnée sur la question, Catherine Lefebvre, nutritionniste et auteure de Sucre, vérités et conséquences dont la 2e édition est en librairie depuis le 13 mars, mentionne «que nous (les nutritionnistes) pouvons certainement aider les consommateurs à choisir de bons produits sans forcément passer par le contenu commandité. Les entreprises qui ont les moyens de payer pour ce type de contenu ne sont pas toujours celles qui offrent les meilleurs produits sur le marché.» Toutefois, comme expliqué par la nutritionniste et docteur en pharmacie Annie Ferland, auteure du blog Science & Fourchette « nous sommes les experts de la nutrition humaine et on a l’obligation de prendre notre place pour informer adéquatement le public. Il faut arrêter d’avoir peur. Un conflit d’intérêts n’est pas un manquement à sa pratique professionnelle s’il est géré adéquatement et explicitement mentionné dans ses termes et conditions.» Ainsi, si ce ne sont pas nous, les nutritionnistes, qui prenons cette place, on risque de voir des produits alimentaires commandités par des pseudos-experts qui ne pourront pas nécesairement donner une information juste.

Selon ce même sondage, 81% des nutritionnistes indiquent qu’il y aurait de meilleurs moyens pour faire la promotion de produits alimentaires. De ce fait, il serait notamment pertinent d’avoir une publication plus complète incluant un contexte de consommation (fréquence, portion, etc.) et d’avoir un message nuancé (ne pas laisser croire au consommateur que c’est LE produit à consommer dans sa catégorie). En plus, comme le mentionne Thao Bui, nutritionniste et blogueuse, le contenu commandité «est un moyen efficace, mais qui n’est pas appliqué aux bons aliments (dans la plupart des cas)». Les nutritionnistes devraient donc choisir des produits plus intéressants (frais, peu transformés, liste d’ingrédients courte, etc.). Certains mentionnent également que faire la promotion d’un produit auquel on croit sans être payé pour le faire pourrait ajouter une certaine crédibilité. Ainsi, selon les produits choisis, le consommateur n’est pas nécessairement gagnant dans le partenariat puisque comme l’explique Annie Ferland, nutritionniste et docteur en pharmacie «c’est aux professionnels d’utiliser leurs compétences pour bien le faire.»

Ce contenu devrait-il pour autant être banni? Cette question est assez épineuse puisque la pratique de contenu commandité comporte son lot d’avantages, mais également d’inconvénients. Parmi ceux-ci, nous retrouvons notamment :

  • Belle visibilité pour les nutritionnistes
  • Promotion par une personne crédible plutôt qu’une personne sans formation
  • Permettre la découverte de nouveaux produits intéressants au consommateur
  • Encourager la consommation d’aliments peu transformés

Mais également :

  • Donne l’image d’une profession corrompue
  • Diminue l’apparence de neutralité du(de la) nutritionniste
  • Diminue la crédibilité du(de la) nutritionniste
  • Diminution de l’esprit critique de la population

L’association n’est donc pas nécessairement positive ou négative et elle dépends grandement du produit, du message et du contexte.

Votre avis

Lorsque je vous ai demandé VOTRE avis sur instagram (ici) les réponses, tout comme celles des nutritionnistes questionnés étaient assez mitigées. Alors que certains aiment avoir une personne crédible faire la promotion d’un produit pour faire de belles découvertes, d’autres trouvent que les nutritionnistes qui font ce genre de pratique sont moins crédibles.

Pour vous y retrouver

Maintenant vous êtes un consommateur et vous voyez une nutritionniste qui fait une photo sur instagram ou facebook avec une compagnie alimentaire. Que faire?

Pour tout vous dire, il n’y a pas de réponse magique ou miracle. L’association entre une compagnie alimentaire et un(e) nutritionniste relève surtout de valeurs et celles-ci sont différentes d’une personne à l’autre. Ainsi, comme la vision de la saine alimentation n’est pas nécessairement pareille pour toute la communauté de nutritionniste, il se peut que certains acceptent un partenariat pour lequel un(e) autre nutritionniste aurait refusé.

Voici néanmoins quelques trucs vous permettant de faire un choix éclairé quant au contenu que vous voyez :

  • Est-ce un produit que je (ou ma famille) consommerais normalement?
  • Est-ce que le produit est en lien avec mes valeurs?
  • Est-ce que le contenu est clairement identifié comme étant commandité? (obligatoire)
  • Est-ce un produit peu transformé, frais, local, etc.?
  • Est-ce que le/la nutritionniste qui fait le partenariat a clairement indiqué son indépendance face aux propos véhiculés dans la publication?

En tant que consommateur, il est donc de votre devoir de sélectionner les nutritionnistes que vous suivez selon les valeurs qui vous correspondent pour ainsi avoir du contenu qui vous ressemblent. Par exemple, la nutritionniste et docteur en pharmacie Annie Ferland a une section Mission et valeurs sur son blogue (ici) qui indique en toute transparence de quelle façon elle sélectionne ses collaborations et assure au lecteur de son site son indépendance lors de la rédaction de contenu commandité. De plus, il est important de conserver son esprit critique. Ce n’est pas parce qu’un(e) nutritionniste parle d’un produit en particulier que celui-ci est nécessairement le meilleur de sa catégorie et va guérir tous nos maux. Enfin, n’hésitez pas à poser des questions aux nutritionnistes si vous voyez un produit et vous vous questionnez sur celui-ci ou l’indépendance qu’a eu le/la nutritionniste sur le contenu associé, nous sommes là pour répondre à vos questions. Il faut simplement se rappeler que le respect est de mise dans ces échanges.

Marjolaine Cadieux, Dt.P., M.Sc (c)

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