Le lait : un verre c’est bien, aucun c’est mieux ? PARTIE 2

Dans la partie 1 de cet article, je me suis attardée aux liens entre la santé et le lait. Pour voir les conclusions de cet article, c’est juste ici. Cette semaine, j’ai pensé aller continuer mon exploration de cet aliment controversé et voir ses aspects éthiques et environnementaux. Aussi, je tente de trouver d’autres alternatives au lait.

Important avant de lire

À noter que je ne fais pas ici une propagande anti-lait. J’essaie d’exposer au mieux des faits concernant cette production, faits qui ne sont bien souvent pas exprimés par l’industrie.

Je n’ai absolument rien contre les personnes qui font le choix de consommer du lait et j’exprimer ici mon opinion personnelle bonifiée par mes connaissances acquises lors de mes études universitaires en nutrition et mes nombreuses lectures sur le sujet. Aussi, l’alimentation est plus que la somme des nutriments qui compose un produit particulier. L’environnement, le contexte, l’empreinte écologique, l’éthique… qui entourent un produit font également partie des choix que nous devons prendre lorsque nous mangeons et c’est pourquoi je trouvais important de faire cette deuxième partie à ma série.

Une alimentation responsable est nécessaire pour s’assurer d’une utilisation consciente et durable des ressources que nous disposons. 

 

La production laitière…

… ET L’ÉTHIQUE

D’abord, il faut comprendre qu’une vache, pour donner du lait, doit donner naissance à un veau. La gestation d’une vache dure 9 mois et après avoir donné naissance à son veau, entre en lactation (produit du lait) pour une durée de 300 jours soit environ 10 mois. En général, le bébé est retiré de la mère une journée après sa naissance et c’est une semaine après la naissance du veau que le lait peut commencer à être récolté pour la consommation humaine et est envoyé à l’usine de transformation. Si le bébé est une génisse (femelle), elle suivra les traces de sa mère alors que s’il est un mâle (veau), il sera vendu aux enchères ou encore élevé quelque temps puis abattu pour sa viande. Si la vache ne retombe pas enceinte, elle ne peut pas produire de lait. On la réinsémine donc pour s’assurer d’un cycle constant de production de lait, soit environ 1 fois par an.

Au Québec, 91 % des vaches laitières sont en stabulation (en étable) et attachée. Ceci veut donc dire que les vaches ne peuvent pas bouger ni faire de l’exercice. Il en résulte des blessures, notamment au cou, aux genoux et aux jarrets. On estime également qu’après les dépenses engendrées par la production laitière (salaires, loyers, frais d’exploitation…) 3,9 % des revenus vont aux producteurs. Ainsi, ces producteurs ont tout avantage à trouver des solutions pour augmenter leurs revenus ou diminuer leurs dépenses. Une de ces solutions est l’augmentation de la productivité. Or, celle-ci a entraîné une augmentation des problèmes mammaires, de digestion et de reproduction. L’infertilité et la stérilité étant les deux principales causes de l’abattage sélectif des vaches laitières.

Et le lait bio ? Pour obtenir une certification bio, les producteurs de lait doivent se soumettre à des exigences plus poussées que pour le lait traditionnel. Ceci inclus entre autres : alimentation des vaches biologiques, un accès à l’extérieur aussi longtemps que les conditions climatiques le permettent, un accès à une aire d’exercice 2 fois par semaine… Les veaux sont quand même retirés de leur mère 1 jour après leur naissance et les vaches sont aussi attachées en stabulation. Alors, est-ce qu’on peut dire que le lait bio est mieux? Oui et non. Certaines conditions sont effectivement améliorées surtout concernant le pâturage et l’exercice, mais les animaux sont quand même attachés une bonne partie de leur vie et n’ont pas une grande qualité de vie.

À noter que les producteurs de lait du Canada ont accès au Code de la pratique pour le soin et la manipulation des bovins laitiers qui leur proposent des recommandations. Les producteurs eux-mêmes, un agent de validation ou un évaluateur indépendant doivent s’assurer que certaines exigences sont respectées (liste).

Donc, en général, les vaches laitières ne sont pas dans des conditions optimales et peuvent ressentir de la souffrance physique et psychologique due aux méthodes de production utilisées. 

 

 

… ET L’ENVIRONNEMENT

Outre le bien-être animal, la production animale est souvent plus énergivore que la production végétale. En effet, pour obtenir du lait, il faut faire pousser des végétaux (engrais, pesticides, eau, tracteurs…), les transformer (électricité), les donner à la vache qui utilisera ces nutriments pour entre autres produire du lait qu’on pourra ensuite consommer. Cette chaîne de transformation est très peu efficace et engendre beaucoup de pertes. Par exemple, pour produire un litre de lait de vache, il faut 1000 L d’eau alors qu’un litre de boisson de soya en utilise 300 L. La production de gaz à effet de serre (méthane, dioxyde de carbone, oxydes d’azote) est également supérieure pour la production laitière traditionnelle comparativement à la production de soya.

On a estimé qu’il faut 14 calories d’énergie fossile pour produire 1 calorie de lait traditionnel et 10 calories d’énergie fossile pour produire 1 calorie de lait biologique. En comparaison, on a démontré qu’il faut entre 0,26 et 0,31 calorie d’énergie fossile pour produire 1 calorie de soya. La production de protéines provenant de soya est donc grandement plus efficace que la production de protéines provenant d’animaux.

Donc, plusieurs pertes énergétiques peuvent survenir dans le processus de production de lait et celle-ci n’est pas très efficace. 

 

Mais… on en boit ou pas?

Est-ce que le lait est le démon incarné ? Je ne pense pas. D’un point de vue nutritionnel, les études semblent indiquer peu d’effets négatifs (sauf exception) et je ne pense pas qu’il y a suffisamment d’évidences pour dire que son contenu peut provoquer des problèmes de santé pour le moment. Toutefois, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de consommer du lait. Nous consommons beaucoup de lait parce que nous en produisons beaucoup et il faut donc le vendre et également parce que c’est culturel. La majorité d’entre nous avons commencé à boire du lait à la petite enfance et avons continué toute notre vie. De plus, le lait de vache est la « valeur par défaut » lorsque nous allons au restaurant ou dans des cafés. Nous sommes donc habitués à ce que le lait de vache fasse partie de notre environnement. Ainsi, la consommation de lait est pour nous habituelle et je concède qu’il peut être difficile de changer cette habitude.

Je pense également qu’on peut omettre le lait de son alimentation À CONDITION de trouver un substitut équivalent. Comme mentionné dans la partie 1 (ici) le lait est une source importante de calcium, de vitamine D et de protéines. Ainsi, si on choisit de ne plus en consommer, il faut s’assurer de trouver d’autres sources de ces nutriments dans notre alimentation. Les tablettes des supermarchés regorgent de boissons végétales (soya, riz, amandes, chanvre, noix de coco…), mais elles ne sont pas toutes équivalentes. Voici donc la meilleure : la boisson de soya enrichie non sucrée. C’est le substitut qui se rapproche le plus nutritionnellement parlant du lait de vache (protéines, vitamines…). Les autres boissons contiennent soit trop de sucre ou pas assez de protéines et ne sont pas un bon substitut.

Alors, pour des raisons éthiques et écologiques je ne pense pas que nous devrions absolument consommer du lait, surtout qu’il existe un équivalent qui ne soulève pas les problématiques de la production laitière. Si on souhaite en consommer, le lait biologique pourrait avoir un impact éthique et écologique moins grand que celui de production traditionnelle.

 

Pour toutes questions ou réactions, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Marjolaine Cadieux, Dt.P, Ms. C (c)

 


Références
Canal vie
Encyclopédie Canadienne
Extenso – boissons végétales
Extenso – antibiotiques
Extenso – cancer
Extenso – gras saturés
Fédération d’agriculture biologique du Québec
Gouvernement du Canada
Harvard T.H. Chan school of public health
Huffington Post
Lactaid
La semaine verte
La Presse
La Presse
Le nutritionniste urbain
Le pharmachien
Les producteurs laitiers du canada
Les Producteurs de lait du Québec – infographies 
Les Producteurs de lait du Québec – production
MAPAQ
Société canadienne du cancer 
Voir

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *