Le lait : un verre c’est bien, aucun c’est mieux ? PARTIE 1

Plusieurs croyances circulent sur cette populaire boisson et il est parfois difficile de s’y retrouver. Devrait-on boire du lait, oui ou non? Je tente aujourd’hui de répondre à cette question en regardant l’aspect de santé de cette boisson.

Le lait

Le lait est un liquide blanchâtre et opaque provenant des glandes mammaires des mammifères. Culturellement, c’est le lait de vache que nous consommons le plus, mais nous mangeons également des produits transformés (fromage par exemple) faits avec du lait de chèvre, brebis, bufflonne…

Le lait est composé entre autres de matières grasses, de protéines, de lactose, de vitamine A, de calcium et de vitamine D. Au Québec, l’enrichissement du lait en vitamine D est obligatoire depuis environ 1965. En effet, peu d’aliments contiennent naturellement de la vitamine D et nous ne pouvons en produire naturellement au Québec avec les rayons du soleil pendant près de la moitié de l’année (octobre à avril). L’enrichissement du lait, un aliment très consommé, allait donc de soi pour pallier aux carences de vitamine D que subissait la population québécoise et canadienne.

En 2017, un québécois moyen aurait consommé plus de 70 litres de lait soit environ 280 verres de lait, une légère diminution par rapport à l’année 2016 (72 litres). Au Canada, ce sont tout près de 11 000 fermes qui produisent du lait, dont environ 5000, au Québec. En plus, le secteur de la transformation de produits laitiers emploie plus de 8000 personnes au Québec. On a vu dans les dernières années une diminution du nombre de vaches laitières, mais une augmentation de la quantité de lait produite (2,9 milliards de litres à 3,3 milliards de litres).

Le lait et la santé

On entend plusieurs choses sur le lait concernant ses bienfaits ou ses méfaits sur la santé. Deux choses sont importantes à retenir face à la littérature qu’on retrouve sur le sujet :

1. Elle est TRÈS abondante donc on y retrouve de multiples conclusions (parfois contradictoire)

2. Elle est TRÈS souvent financée par l’industrie laitière. C’est quoi le problème ? En fait, les résultats peuvent être biaisés lorsqu’on fait une étude sur un produit et que c’est le produit qui paye. Les résultats ne sont pas nécessairement mauvais et ne doivent pas automatiquement être rejetés, mais ils doivent être interprétés avec précautions.

Les principaux thèmes abordés lorsqu’on parle du lait et de la santé sont les suivants :

  • Les maladies cardiovasculaires
    •  Le lait contient des gras dits saturés qui pourraient avoir des effets sur la santé cardiovasculaire. La fondation des maladies du cœur et de l’AVC conseille de consommer moins de 7 % de l’énergie totale sous forme de gras saturés. Cependant, les récentes études peinent à démontrer l’efficacité d’une diminution des gras saturés sur la santé cardiovasculaire puisqu’il est difficile d’isoler l’effet de ces gras seulement. Cependant, une alimentation saine et variée contenant peu de gras saturés est certainement gagnante pour la santé globale à long terme. Ainsi, une diminution de la consommation de lait (pour diminuer ses apports en gras saturés) ne semblerait pas efficace pour diminuer les risques de maladies cardiovasculaires. 
  • Santé osseuse (Ca/vit D.)
    • Pour éviter la perte osseuse en vieillissant, on conseille de faire de l’activité physique régulière, d’avoir suffisamment de calcium, de vitamine D et de vitamine K. Lorsqu’on pense à une source de calcium, le lait est certainement une référence populaire. Cependant, ce n’est pas la seule source (autres sources ici). C’est la même chose pour la vitamine D : le lait est une source accessible et appréciée de vitamine D, mais n’est pas l’unique source (poisson gras, abats, huile de foie de morue…). Ainsi, le lait est un aliment accessible contenant des nutriments permettant de diminuer/éviter la perte osseuse, mais n’est pas le seul qui contient ces éléments.
  • Cancer
    • Le lait pourrait être associé à une augmentation des risques de développer un cancer de la prostate ou des ovaires, selon les études. Cependant, la Société Canadienne du Cancer admet qu’il est possible que le lait augmente le risque de cancer de la prostate. Ainsi, le lait pourrait causer certains cancers, mais il n’est pas possible de l’affirmer hors de tout doute. 
  • Intolérance au lactose
    • Le lactose est un sucre que l’on retrouve naturellement dans le lait. Une enzyme, la lactase, permet de digérer le lactose et de l’absorber. Chez certaines personnes, la lactase n’est pas produite ou n’est pas là en quantité suffisante. Il survient donc des symptômes gastro-intestinaux inconfortables pour ces personnes lorsqu’ils consomment des sources de lactose. Ces symptômes sont entre autres : ballonnements, flatulences, diarrhées, douleurs abdominales… L’intolérance au lactose se présente plus souvent chez les adultes et les communautés ethniques (Asiatiques, premières nations, afro-américaines). Les personnes vivant avec cette intolérance peuvent consommer des enzymes de remplacement (ex. lactaid) ou s’abstenir de consommer des produits contenant du lactose. Ainsi, le lait ne cause pas de problèmes gastro-intestinaux chez les individus sains qui ne souffrent pas d’intolérance au lactose. 
  • Antibiotiques et hormones (innocuité)
    • La « propreté » du lait est souvent un sujet de discussion. On entend que le lait contient du pus, des hormones, antibiotiques et autres. Au Canada, la composition du lait est très règlementée. Ainsi, les normes pour la qualité du lait sont les suivantes :
      • Le lait doit être exempt de médicaments vétérinaires (antibiotiques ou hormones)
      • Point de congélation normal
      • Bactéries (moins de 122 000 cellules bactériennes/ml)
      • Compte de cellules somatiques (moins de 400 000 cellules/ml)
      • Les cellules somatiques sont principalement les globules blancs qui permettent de se défendre des infections. Sous le seuil de 400 000 cellules, la vache ne serait pas en état infectieux et le lait serait sans problèmes.
      • Sans mauvaise odeur/saveur
      • Sans sédiments
      • À noter : au Canada, l’utilisation d’hormones de croissance est strictement interdite pour les vaches laitières. Cependant, tout comme les humains, les vaches produisent naturellement des hormones (prolactine, œstrogène, progestérone) qui se retrouvent dans le lait. De plus, le lait est testé à plusieurs endroits dans la chaîne de transport et de production et des amendes coûteuses sont données lorsqu’un producteur contrevient aux exigences. Ainsi, le lait canadien est soumis à des tests stricts et ne contient pas d’antibiotiques ni d’hormones. Il contient cependant des bactéries et des cellules somatiques, mais sous un seuil jugé respectable. 

 

DONC

Se basant STRICTEMENT sur les effets de santé et l’innocuité, il est difficile de démontrer que le lait ne devrait pas être consommé. Il pourrait avoir des effets sur le cancer de la prostate, mais d’autres études sont nécessaires pour le prouver hors de tout doute.

Est-ce que cela veut dire pour autant que nous devrions en consommer?

Vous verrez la réponse dans la partie 2 de cet article la semaine prochaine.

Pour toutes questions ou réactions, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

 

Marjolaine Cadieux, Dt.P, Ms. C (c)


références
Canal vie
Extenso – antibiotiques
Extenso – cancer
Extenso – gras saturés
Gouvernement du Canada
Harvard T.H. Chan school of public health
Lactaid
La Presse
Le pharmachien
Les producteurs laitiers du canada
Société canadienne du cancer 

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